Applis cosmétiques : pourquoi ça ne suffit plus

Applis cosmétiques : pourquoi ça ne suffit plus

“Ce produit est-il ‘Yuka-compatible’”? Voilà une phrase qu’on entend souvent depuis 2019, tant dans les rayons cosmétiques que dans les milieux pros du secteur. Les applications de décryptage cosmétique ont bouleversé le marché de la beauté en à peine 4 ans. Mais répondent-elles vraiment aux attentes des consommateurs ? La focalisation sur la formule peut-elle suffire pour une consommation plus vertueuse ? L’Association Slow Cosmétique pense que non, pas tout à fait…

Sources indiquées par des chiffres en parenthèses : voir en fin d’article.

Depuis 2016, plusieurs applications de décryptage des formulations cosmétiques ont conquis le marché francophone de la beauté. Yuka et Clean Beauty en tête, mais aussi plusieurs autres (INCI Beauty, QuelCosmetic…), ont rendu le geste de scanner un produit avant l’achat incontournable. Yuka revendique ainsi +16 millions d’utilisateurs en 2020 (1) et Clean Beauty plus d’1 million (2). Le constat est donc sans appel : les consommateurs n’achètent plus de cosmétiques les yeux fermés. Mais les attentes des consommateurs continuent d’évoluer vers plus d’exigence et évaluer la formule ne suffit pas forcément.

Que font les applications cosmétiques ?

Toutes les applications de décryptage cosmétique sur le marché francophone tournent autour du même concept : évaluer la formule du produit, ingrédient par ingrédient, pour donner au consommateur des informations sur le risque sanitaire et parfois environnemental  du produit.

Pour déterminer les ingrédients problématiques, et noter les produits selon leur propre grille, les applications cosmétiques s’appuient essentiellement sur de l’open data. Elles compilent les données issues d’évaluations scientifiques réalisées par des agences internationales comme le CSSC (Comité Scientifique européen pour la Sécurité des Consommateurs) et nationales comme l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) ou encore l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), et des données issues du monde associatif qui alerte le public sur certaines polémiques autour d’ingrédients pourtant autorisés. 

Envie d’un tour d’horizon des applications les plus téléchargées et leur méthode ? Voyez l’analyse complète : Applications cosmétiques à la loupe.

Quel impact ces applis ont-elles sur le secteur de la beauté ?

Il est devenu énorme ! Avec chacune ses spécificités, toutes ces applications de décryptage ont radicalement changé les critères d’achat des consommateurs, mais aussi le développement des produits au sein des laboratoires cosmétiques. Yuka affirme par exemple qu’avec leur appli, “94% de ses utilisateurs ont arrêté d’acheter certains produits” (3).

La Fédération des entreprises de la beauté (FEBEA) elle-même avait d’ailleurs souligné en 2018 la raison d’être des applications : “ Ces applications correspondent à un besoin du consommateur qui veut mieux comprendre ce qu’il y a dans ses produits et être rassuré sur leur sécurité. Et l’industrie prend conscience que la réglementation actuelle, qui impose de mettre sur le produit la liste des ingrédients, ne répond pas à ce besoin”, Anne Dux, ancienne directrice des affaires scientifiques et réglementaires de la FEBEA (4).

Les applis de décryptage impactent par conséquent également le développement produits de la filière cosmétique. Plusieurs marques ont ainsi confirmé au fil des mois l’importance qu’avait prise leur notation sur ces applis et leur souci de se conformer à leurs critères. En attestent ces témoignages recueillis par Yuka (5) :

“Nous sommes passés de 65% de références vertes sur Yuka à 80% en 1 an. Notre objectif est que tout soit vert sur Yuka en 2021.” Mathilde THOMAS, Fondatrice de Caudalie

“Nos produits sont bien notés et nous travaillons constamment pour qu’ils soient encore meilleurs.” Savéria COSTE, Fondatrice de Garancia

“Nous avons formulé de nouveaux produits pour répondre aux besoins et attentes des consommateurs qui sont très alignés aux critères d’évaluation de Yuka.” Sophie CREUSOT JAYET, Directrice de la communication d’Unilever France

Chez d’autres marques, des macarons revendiquant leurs bonnes notes fleurissent sur leurs sites et communications, nouvel argumentaire on ne peut plus tendance.

De gré ou de de force, c’est donc un virage un peu plus “clean” qu’ont dû prendre les entreprises cosmétiques depuis 2016 pour rassurer les clients méfiants. Mais cette posture n’est pas forcément vertueuse, ni 100% en phase avec les nouvelles attentes des consommateurs.

L’après 2020 : pourquoi les applis de décryptage ne suffisent plus

Outre l’info sur les ingrédients utilisés dans un cosmétique, le public veut plus de transparence, de simplicité et d’humanité chez les marques, tendances annoncées dans un rapport Mintel de novembre 2019 (6) comme supposées devenir la norme en 2030.

En 2020, le virus Covid-19 a donné un coup d’accélérateur aux bouleversements d’achats avec la fermeture prolongée de la majorité des commerces. Les Français ont pris conscience que d’autres facteurs étaient tout aussi importants que la formule et qu’acheter local et artisanal c’est soutenir un modèle de proximité plus accessible. 27% des Français ont ainsi déclaré que leur conscience environnementale serait bien plus marquée dans leurs habitudes de consommation au sortir du confinement (7). Un cap confirmé en juin 2020 par une étude IFOP pour le label Slow Cosmétique (8), attestant que 2 Françaises sur 3 accordent dorénavant de l’importance au fait que leurs cosmétiques soient écologiques et ancrés dans les terroirs.

Après 2020, il est donc clair qu’une formule propre ne suffira plus aux consommateurs francophones, et que s’ajoutent dès à présent des demandes affirmées pour plus de local, d’humain, de circuit-court, d’éthique, en un mot, de sens ! Or les applications de décryptage étudient uniquement les ingrédients, et non le produit dans sa globalité (qui l’a fabriqué ? comment ? origine des matières premières ? rapport qualité-prix ?).

Certaines applications de consommation élargissent déjà légèrement le champ de leur analyse, du côté éthique notamment : MyLabel, BuyOrNot ou EthicAdvisor par exemple, mais la cosmétique n’est pas leur spécialité donc le nombre de références peut y être encore inexistant ou limité. Alors comment un consommateur exigeant peut-il être sûr qu’un produit et la marque qui le fabrique sont vraiment engagés sur toute la ligne, de façon globale, et ne fournit pas seulement une formule “clean” ?

Le label Slow Cosmétique, gage de qualité et de sens

La Mention Slow Cosmétique est le seul label cosmétique qui s’intéresse à la fois aux formules ET au modèle d’entreprise d’une marque (allégations, fabrication et structure du capital comprises). Remis par l’Association Slow Cosmétique depuis 2013, ce label examine les marques dans leur globalité, sur base de plus de 60 critères induits par la Charte Slow Cosmétique.

En 2020, plus de 230 marques portent le label Slow Cosmétique, dont 205 en France. Pour être labellisée Slow Cosmétique, une marque doit être à la fois “clean” au niveau de sa formule, mais également “intelligente” et “raisonnable”. Ces aspects impliquent un recours aux ingrédients biologiques ou naturels, une gamme lisible et non redondante, des formules plus courtes, une fabrication locale ou une maîtrise de l’approvisionnement des matières premières, un contrôle familial de l’entreprise, souvent artisanale, et une politique de réduction des déchets.

Le label à la tortue a gagné au fil des ans tous les circuits de distribution : magasins bio, boutiques en ligne, pharmacies, concept stores et même certaines grandes surfaces… 21% des Françaises avaient déjà entendu parler de la Slow Cosmétique fin 2019 (étude Harris Interactive) et sont sensibles à ces garanties qui dépassent la formule du produit : ancrage dans le terroir et l’artisanat, sourcing aussi local et direct que possible, matières naturelles et nobles peu transformées, packaging écoresponsable (voire zéro déchet), et rapport qualité-prix juste sont les éléments qui semblent séduire le plus…

Aux yeux de l’Association Slow Cosmétique qui examine chaque année plus de 60 marques cosmétiques candidates au label, la qualité d’un produit ne se mesure pas seulement à sa formule, et les consommateurs l’ont bien compris. Fin 2019, 85% des Françaises considéraient déjà la Slow Cosmétique comme l’avenir de la beauté (9). Ce que confirme l’exceptionnelle croissance moyenne de 31% observée chez les marques labellisées Slow Cosmétique en 2019 (10). Un label à suivre !

Sources :

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